La révolution est plus qu’un mot: 23 points sur l’anarchisme

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Ce texte est intéressant par son approche pragmatique et critique du mouvement anarchiste. Je ne suis pas d’accord avec tout le texte, mais c’est aussi sa valeur, c’est aussi pourquoi il fallait le traduire.

  1. Introduction
  2. Qu’est-ce que l’anarchisme?
  3. L’anarchisme et la Gauche: la sociale-démocratie et le léninisme
  4. L’anarchisme et la révolution
  5. Les problèmes de l’anarchisme contemporain
  6. Que faut-il faire?

Sur le texte

Gabriel Kuhn est traducteur et écrivain. Docteur en philosophie, il a été influencé par les post-modernes, les anarchistes classiques et les études culturelles anglo-saxonnes. Le présent texte a été publié en mai 2016 via Alpine Anarchist Production, une structure de publication qu’il a fondé en 2000. Il travaille depuis 2008 avec PM Press, un éditeur spécialisé dans la littérature anarchiste et marxiste.

La version originale du texte est lisible sur la bibliothèque anarchiste. Contrairement à l’auteur qui a limité au maximum les notes de bas de page (seule la n°16 est de lui), j’ai inclus un nombre important de notes de bas de page, qu’il s’agisse d’expliquer pourquoi j’ai traduit le texte de telle manière, d’expliquer en quoi ma traduction est limite, de critiquer le texte, ou encore d’apporter des éléments supplémentaire, en particulier sur les personnalités citées dans le texte. Toute remarque sur cette traduction est bonne à prendre: je ne suis pas professionnel en la matière.

Les liens hypertextes n’étant pas des appels de note sont de moi.

Ce texte est intéressant par son approche pragmatique et critique du mouvement anarchiste. Je ne suis pas d’accord avec tout le texte, mais c’est aussi sa valeur, c’est aussi pourquoi il fallait le traduire.


Introduction

Depuis le début de ce millénaire, l’anarchisme est bien revenu dans les consciences1. David Graeber et Andrej Grubačić ont, dans un article de 2004 très lu, annoncé l’anarchisme comme « le mouvement révolutionnaire du 21ème siècle »; dans son livre sur le mouvement Occupy Wall Street, Translating Anarchy, basé sur des interviews de ses nombreux organisateurs, Mark Bray conteste que les idées anarchistes furent le moteur idéologique du mouvement. Pendant ce temps, les projets anarchistes (journaux, foires du livre, groupes organisés) ont augmenté significativement ces vingt dernières années. Que de bonnes nouvelles.

Dans le même temps, les règles du néo-libéralisme règnent en maîtres2, l’écart entre les riches et les pauvres s’agrandit de jour en jour3, les guerres font rage, la surveillance a de loin surpassé celle de 19844 et rien ne semble stopper la destruction écologique de notre monde. Si l’ordre en place est contesté de manière notable, les agents de cette contestation sont soit des fondamentalistes religieux, soit des néo-fascistes, ou, dans le meilleur des cas, des mouvements gauche centrés autour de leaders charismatiques, voire des partis populistes. Même si les anarchistes prétendent (avec un certain plaisir) trouver des éléments anarchistes5 dans les soulèvements, de la place Tahrir aux rues de Ferguson, au Missouri, le rôle qu’ont joué ces anarchistes auto-proclamés dans ces mouvements mérite d’être mise en question6. En bref, malgré la recrudescence des mouvements, l’anarchisme apparait aussi marginalisé qu’avant quand il s’agit d’agir à grande échelle7. C’est donc le bon moment pour réflechir au rôle de l’anarchisme dans l’arène politique, d’examiner ses forces et ses faiblesses.

Ce texte est formulé de façon claire et concise, ce qui rend certaines généralisations inévitables. Son contenu est basé sur les expériences en Europe de l’Ouest et du Nord. Les lecteurs auront à décider à quel point ces expériences recoupent les leurs et à quel point elles sont pertinentes pour les mouvements où ils sont actifs8.

Qu’est-ce que l’anarchisme?

Dans cette époque « post-moderne », l’idée d’oublier les définitions est devenu populaire: il est dit que les définitions nous enferment dans des cages. C’est une dérobade9, il est évident que les définitions sont des outils pour la communication et ne peuvent pas prétendre à capturer toute l’essence d’un fait10. Une définition pratique est basé sur des critères: l’origine d’un terme, des aspect étymologiques, son usage à travers le temps et une cohérence dans le langage que nous utilisons. La définition de l’anarchisme qui va suivre doit être comprise de cette façon.

L’anarchisme est, d’abord, la tentative d’établir une société égalitaire qui permet le développement le plus libre possible de ses membres11. L’égalitarisme est nécessaire pour que ce développement libre soit accessible à tout le monde, et non à une petite élite. Ce développement est seulement limité par le libre développement des autres; à ce titre, il est difficile d’établir des barrières claires entre la liberté d’un individu et celle d’un autre (où commence la liberté de l’un, où finit celle de l’autre?), mais cela ne signifie pas ce que ces barrières ne puissent pas être négociées.

Jusqu’à présent, cette définition ne s’écarte pas tellement de l’idée du communisme proposée par les marxistes12. La différence réside dans l’autre partie de sa définition, à savoir la croyance que l’établissement d’une société égalitaire permettant le libre developement des individus est dépendant de la mise en place immédiate des valeurs d’une telle société par les acteurs politiques, dans leur manière de s’organiser, de vivre et de combattre. On dit aujourd’hui qu’il s’agit d’une façon « préfigurative » de faire de la politique13. Cette façon n’implique pas de dictature du prolétariat, de dictateurs bienveillants, pas d’avant-garde bien intentionnée pour paver la voie vers la société désirée; les gens doivent le faire eux-même. Ils doivent développer les structures nécessaires pour défendre et préserver une telle société. L’autogestion, l’entraide14, une organisation horizontale et la lutte contre toute forme d’oppression sont les principes clés de l’anarchisme.

L’origine de l’anarchisme comme mouvement politique bien défini remonte à la question sociale de l’Europe du 19ème siècle. Les anarchistes étaient partie intégrante de l’Association Internationale des Travailleurs15, plus connue comme la Première Internationale, avec l’ensemble des forces politiques qui deviendront plus tard d’une part des sociaux-démocrates, et des léninistes d’autre part16. Nous considérons cette origine particulièrement importante et voyons l’anarchisme comme une partie de la tradition de la Gauche. Nous refusons de considérer l’anarchisme comme une « philosophie », une « éthique », un « principe », une « façon de vivre » plutôt que comme un mouvement politique. Une attitude est une chose: s’organiser pour un changement politique en est une autre. Sans l’organisation adéquate, l’anarchisme est facilement réduit à une noble idée, une spiritualité voire un snobisme17, au lieu d’une ambition politique. Dans le même temps, l’anarchisme n’est pas seulement la lutte de classe anti-autoritaire; il est plus large et inclue des activités qui vont de la création de centres sociaux pour déconstruire les normes de genre à la conception de formes alternative de transports. L’anarchisme a toujours inclus des questions qui ne rentraient pas dans les définitions étroites de la Gauche: des préoccupations alimentaires, spirituelles, sexuelles aux problèmes d’éthique.

L’anarchisme et la Gauche: la sociale-démocratie et le léninisme

Comme mouvement politique appartenant historiquement à la Gauche, les relations entre l’anarchisme, la sociale-démocratie et le léninisme sont importantes. Nous tenons à rappeler que le but politique d’une société sans État, sans classe, garantissant le libre développement de tous, était partagé par ces trois courants.

Souvent, ces trois courants sont caractérisés comme étant de gauche (sociale-démocratie), de gauche radicale (léninisme), et d’extrême-gauche (anarchisme)18. Nous pensons que c’est trompeur. On devrait plutôt penser à un triangle où chaque courant est également éloigné des deux autres. Quand l’anarchisme et le léninisme partagent une position révolutionnaire, le léninisme et la sociale-démocratie partagent des origines marxistes; enfin l’anarchisme et la sociale-démocratie rejettent tous les deux la dictature du prolétariat. L’anarchisme est aussi proche de la sociale-démocratie qu’il l’est du léninisme, et vice versa.

Les principales critiques levées contre l’anarchisme de la part des idéologues marxistes (qu’ils soient sociaux-démocrates ou léninistes) sont:

  • L’anarchisme est naïf, il a une conception idéalisée de la nature humaine et de l’organisation sociale.
  • L’anarchisme est imprudent , il n’a pas défini sa façon de produire un changement politique, et de ce fait, encourage des actions insensées qui, dans le meilleur des cas, justifie l’action des forces réactionnaires19.
  • L’anarchisme est petit-bourgeois, c’est-à-dire qu’il est si préoccupé par la liberté individuelle qu’il méprise la justice sociale.

Certaines critiques de l’anarchisme sont valides, mais ne concernent que des tendances dans l’anarchisme. Globalement, la compréhension anarchiste de la nature humaine est en faite plus nuancée que celles des autres courants (particulièrement en ce qui concerne l’influence du pouvoir sur la psychologie20). En termes d’apporter des changements politiques, certaines actions des anarchistes ont été imprudentes21, mais la plupart furent bien pensées et mesurées. Et quand bien même il y a eut des tendances individualistes22, elles n’ont jamais défini le mouvement dans son ensemble. Plus important, l’anarchisme a, en dehors de ses défaillances (vraies ou fausses), un certain nombre d’avantages par rapport à ses cousins de gauche:

  • L’anarchisme a produit une critique plus solide de l’autorité. Quoi qu’on puisse dire à propos du « simplisme » de la théorie anarchiste, dans Dieu et l’État, Bakounine a résumé le destin de ce que serait plus tard l’URSS. En deux pages. En 1871. Il a prédit qu’un parti révolutionnaire obtenant le pouvoir formerait une nouvelle élite dirigeante, empêchant la libération des individus et préparant de fait, la chûte de son propre régime. Aujourd’hui, des marxistes proéminents comme John Holloway, Slavoj Žižek et Alain Badiou parlent du besoin d’un communisme sans état et sans parti, comme s’il s’agissait d’une invention toute récente - les anarchistes ne disaient pas autre chose depuis le départ.
  • Les anarchistes ont toujours porté leur attention sur l’aspect culturel du pouvoir, quand, au final, le marxisme s’est concentré sur les structures économiques, avec une base économique déterminant la superstructure culturelle. Si cette relation entre pouvoir et culture a été reconnue du bout des lèvres par les marxistes, elle les a rarement conduit à porter la même attention aux luttes culturelles23.
  • Non seulement les anarchistes ont souligné les aspects culturels du pouvoir, mais ils ont aussi souligné la multiplicité de l’oppression. Seuls quelques branches24 de l’anarchisme ont partagé avec les marxistes l’inclinaison à reléguer à d’autres les luttes supposément « en dehors de la lutte de classe ». Les anarchistes ont par exemple, formulé des critiques sévères du patriarcat et du nationalisme25. Dans une époque où des termes tels que « oppression multiple », « intersectionalité » sont en vogue, l’anarchisme peut logiquement prétendre à son rôle de pionnier.
  • Quand, tout comme leurs équivalents marxistes, les anarchistes « classiques »26 croyaient au progrès scientifique comme une nécessité pour se diriger vers une société libérée, l’anarchisme ne s’est ni caractérisé par une compréhension déterministe de l’histoire ni par un rationnalisme eurocentré. Le concept d’élites scientifiques érigées en classes quasi-dirigeantes fut assez rapidement critiqué, alors que dans le même temps des perspectives utopistes étaient très appréciées au lieu d’être réfutées27. Tout cela est en faveur de l’anarchisme alors que le « matérialisme historique » est plus branlant que jamais.
  • Au moins quelques anarchistes proéminents, tels que Léon Tolstoy et Gustav Landauer ont compris le besoin d’une « révolution spirituelle ». Non pour s’adonner à des tours d’hocus-pocus, mais pour insister sur la nécessité de changer la personne pour changer le monde28. Une révolution spirituelle rend un mouvement politique radical plus riche, et non plus pauvre.
  • Le scepticisme des anarchistes vis-à-vis du « matérialisme historique » leur a valu l’accusation marxiste d’être des « volontaristes », c’est-à-dire, croire que les processus révolutionnaires sont dépendant de personnes choisissant de les soutenir. Les marxistes considèrent cela superficiel, insistant sur le fait que les réalités économiques déterminent les consciences individuelles et donc la capacités des individus à agir politiquement. Mais ce sont les anarchistes qui ont raison: le changement social vient de personnes désirant le changement social.
  • Dans les travaux des derniers anarchistes du 20ème siècle - par exemple, ceux de Murray Bookchin29, Paul Feyerabend30 ou encore ceux des soit-disants anarcho-primitivistes31 (avec tous les problèmes qui leur sont propres) - la critique de la technologie a été dévoloppée avec bien plus de force que chez les marxistes32. Alors que le rôle de la technologie dans les crises sociales et écologiques ne fait que devenir de plus en plus évident, il est impossible de ne pas accorder de crédit aux anarchistes pour cela.
  • L’anarchiste est le contradicteur permanent33. Avec un fort scepticisme vis-à-vis des idéologies totalitaires et des cultes de la personnalité, les anarchistes ont toujours été rapides à pointer les problèmes de mouvements politiques. Si cela a des connotations problématiques (allant de l’accusation d’être une nuisance à celle d’entraver l’organisation collective), cet aspect de l’anarchisme est aussi essentiel pour empêcher des relations de pouvoir éventées et dogmatiques34.
  • La manière « préfigurative » de l’anarchisme de faire de la politique lui donne une grande perspective pratique qui permet des changements dans la vie quotidienne que peu d’idéologies politiques ont été capables de produire.
  • La concentration de l’anarchisme sur la diversité engendre des formes d’interventions politiques riches. En termes de créativité et d’innovation, l’anarchisme est beaucoup plus malin35 que la Gauche marxiste.

L’anarchisme et la révolution

La seule (et la plus grande) faiblesse de l’anarchisme est le manque d’un concept viable de la révolution, à savoir une redistribution radicale du pouvoir et de la richesse. C’est particulièrement frappant quand on considère les prétentions anarchistes; se distinguer des « réformistes », « libéraux36 », « modérés » fait partie intégrante de l’identité anarchiste.

Aucune société anarchiste d’importance significative n’a jamais été établie en dehors de circonstances de guerre. Aucune d’elles n’a jamais duré plus de deux ans. Les anarchistes blâment d’ordinaire la cruauté des laquais capitalistes et la nature traîtresse des marxistes pour ces échecs. Il y a du vrai dans les deux arguments, mais ce n’est pas une explication suffisante pour le manque de résultats révolutionnaires de l’anarchisme. Un facteur important de ces échecs est le fait que les anarchistes refusent - pour de bonnes et honorables raisons - de jouer un rôle que la plupart des révolutions nécessitent. Friedrich Engels a raison quand il dit37:

Est-ce que ces gens bien élevés38 ont déjà vu une révolution? Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit; c’est un acte par lequel une partie de la population impose sa volonté sur l’autre partie, au moyen de fusils, de bayonnettes et de canons, des moyens qui sont tous hautement autoritaires.

Les anarchistes n’ont pas de réponse satisfaisante à ce dilemme. Il y a eu des tentatives pour le résoudre, mais aucune d’entre elles n’est probante. Les plus importantes peuvent être résumées ainsi:

  • Une approche de « décrochage39 » qui a été explorée de la meilleure façon dans les théories de communautés de Gustav Landauer. Landauer était partisan de construire une société anarchiste par le biais de communautés rurales autonomes et cooperatives plutôt qu’en attaquant l’État. C’est une belle idées, mais les communes radicales vont et viennent depuis 150 ans sans avoir le moins du monde menacé le capitalisme et le pouvoir de l’État. À partir du moment où elles deviennent gênantes, elles sont détruites ou intégrées dans le marché capitaliste. Ces dernières décennies, la commercialisation de la « culture alternative » a été un exemple frappant de cette intégration.
  • Une approche « radicale-réformiste », où des personnes parlent d’une « révolution en étapes » ou de la révolution en tant que « processus » plutôt qu’en tant que « rupture ». Ce qui se cache derrière ces formules n’est d’ordinaire rien d’autre qu’une approche réformiste traditionnelle, émaillée de rhétorique radicale. Ça n’est pas notre affaire.
  • Une approche « insurrectionnaliste » qui redéfinit la notion de révolution d’un changement structurel vers celle d’un moment d’autonomisation bienheureuse. Il n’y a rien de mal dans les insurrections. Elles révèlent les contradictions sociales, elles renversent momentanément les relations de pouvoir, elles inspirent, et d’autres choses encore. Mais elles ne changent pas les structures de pouvoir basiques de la société. Et si elles produisent une brèche dans le pouvoir politique, celle-ci peut très bien être remplie par les réactionnaires si des contre-structures radicales ne sont pas en place. Si les insurrections peuvent être des éléments importants d’une révolution, les confondre avec la révolution elle-même est comme confondre une mise en jeu avec le jeu de foot40.
  • Une approche par « l’effondrement », qui considère toute tentative de corriger l’ordre en place futile, puisque seuls des événements catastrophe peuvent, et mettront fin à cet ordre. Dans cette logique, l’activisme anarchiste vise à se préparer à la catastrophe pour remplacer les structures de pouvoir moribondes (« la civilisation ») par de petites communautés anarchistes indépendantes. Le problème majeur de ce scénario est l’absence d’autre mécanisme autre que la force pour manœuvrer dans les inévitables conflits sociaux qu’il implique. En d’autres termes, cette approche tombe aisément dans le darwinisme social. Et même si elle ne le fait pas, attendre un effondrement n’est pas une base pour une action politique. Il est très culotté d’avancer qu’il ne faut pas tenter de corriger le système parce qu’il s’effondrera de toutes manières. Mais s’il ne s’effondre pas? Transformer le défaitisme en vertu ne nous aidera pas.

Le fait que l’anarchisme n’ait pas de théorie viable de la révolution ne le discrédite pas pour autant et ne veut pas dire non plus qu’il est une théorie politique sans importance. Dans les faits, l’influence historique de l’anarchisme a de loin dépassé les attentes de la plupart des anarchistes. L’anarchisme a toujours un été un important moteur du changement social. La journée de 8 heures, la liberté d’expression, l’anti-militarisme, le droit à l’avortement, la libération des LGBTQ, la pédagogie anti-autoritaire, le véganisme, etc - toutes ces luttes ont, à un certain degré, été le fer-de-lance des anarchistes. C’est juste qu’aucune de ces luttes n’ont été révolutionnaires. Au contraires, elles ont été intégrées dans le développement des nations-états capitalistes.

Les anarchistes doivent être honnêtes. Ou bien ils admettent être des réformistes avec un côté radical (rien de mal à cela, du moment que c’est explicite), ou bien ils doivent travailler à développer effectivement une perspective révolutionnaire. Se présenter comme des radicaux et refuser toute action politique réformiste/libérale/modérée est embarrassant si votre propre action politique n’est pas plus révolutionnaire qu’une ONG, un groupe de prière, une organisation d’assistance sociale.

Les problèmes de l’anarchisme contemporain

Le problème de la révolution hante l’anarchisme depuis ses début; d’autres problèmes sont allés et venus, en fonction des circonstances historiques et de l’état du mouvement. Voici les principaux problèmes actuels que nous avons pu identifier:

  • Il y a un malheureux sentiment de supériorité morale, qui éclipse souvent le travail politique. Le problème sous-jacent semble être que deux motivations se chevauchent lorsqu’une personne devient active dans les cercles anarchistes: d’une part, la volonté de changer le monde; d’autre part celle d’être une meilleure personne que le commun des mortels. Cette dernière motivation amène aisément à l’auto-marginalisation puisque tout sentiment de supériorité morale repose sur l’adhésion à un petit groupe plutôt qu’aux masses. Quand ce sentiment devient dominant, l’identité prend le pas sur vos actions, et pointer les défaillances des autres prend le pas sur le changement politique. Ironiquement, les principales cibles sont souvent des personnes de notre propre camp plutôt que des ennemies, en accord avec la logique désolante du « si vous ne pouvez pas frapper ceux qu’il faut frapper, vous frappez ceux à portée de bras ». Le fait de juger les élements marginaux et d’être dans le même temps en compétition pour la place de grand manitou de la moralité41 est incompatible avec n’importe quel mouvement prétendant à une intégrité révolutionnaire.
  • Le mouvement anarchiste est pour l’essentiel une sous-culture. C’est bien les sous-cultures. Elles procurent un toit à des gens (parfois même un toit qui les sauve), elles préservent la connaissance des activistes, elles permettent l’expérimentation, etc. Mais la contestation n’est pas la révolution. Donc si la pratique politique est réduite à cette sous-culture, la rhétorique révolutionnaire devient vide et aliénante. Les gens détestent ceci, et se foutent de cela, mais dans quel but?
  • Le climat par défaut de nombreux cercles anarchistes va de grognon à carrément grossier. Par moments, nos microcosmes supposément libérés sont parmi les lieux les plus repoussants qui soient: sombres, sales, et habités par des types qui confondent l’inamicalité avec la rébellion. Agir comme un connard ne fait pas de vous un radical, ça fait seulement de vous un connard. Malheureusement, l’agressivité caractérise assez bien les débats internes. Les topics des forums anarchistes sont parmi les meilleurs moyens d’éloigner les gens de l’anarchisme pour de bon. Une approche radical du conflit se caractérise par l’ouverture, et la critique de nos propres présupposés42, pas par des grognements d’anonymes.
  • Malgré la théorique ouverture chaleureuse à l’individualité et à la diversité, les milieux anarchistes sont incroyablement uniformes. N’importe quel café d’une rue courue comporte plus de personnes variées que la plupart des réunions anarchistes. Il y a à cela des raisons historiques, mais manifestement, la culture anarchiste - le langage, les apparences, les codes sociaux - est simplement très homogène. En quoi sont anarchistes des lieux dans lesquels des gens se sentent mal à cause de leurs habits, de ce qu’ils mangent ou écoutent?
  • Dans les cercles anarchistes, il y a une division cruciale entre les activistes qui sont opposés à l’injustice et les activistes qui expérimentent l’injustice. Tous les activistes ont besoin de travailler ensemble pour changer effectivement quelque chose, mais les différentes motivations entre les deux groupes doivent être prises en considération. Quand les personnes qui suivent un appel missionaire tendent à être assez idéologiques, les personnes affectées par l’injustice sont souvent plus pragmatiques. Si cette différence n’est pas reconnue, certains prendront leurs distances. Dans le pire des cas, seuls les idéologues resteront, avec d’abstraits débats à propos de l’identité, du langage acceptable, revendiquant une position d’avant-garde de la radicalité politique, perdant tout lien avec le travail politique de terrain. À ce moment, la pratique radicale de la politique devient avant tout un exercice intellectuel qui ne dit presque rien sur la qualité de ses protagonistes comme camarades dévoués et fiables.
  • Les concepts d’espace de liberté et d’espace sûr [safe space, ndT] sont souvent confondus. Les espaces sûrs, à savoir des espaces sur lesquels des personnes peuvent compter pour trouver de l’attentien et du support sont nécessaire dans le monde dans lequel nous vivions. Mais ce sont des espaces qui remplissent un certain rôle. Ils ne sont pas les espaces de libertés que nous cherchons à établir, qui sont des espaces où les personnes paeuvent parler librement, engager des débats et résoudre en commun les problèmes qui apparaissent dans le processus. Ce qui rend les personnes en sécurité sur le long terme est la possibilité du collectif à négocier des limites. La sûreté absolue est impossible. Les manque de compréhension, les vulnérabilité et les irritations sont partie intégrante de la vie sociale et ne vont pas disparaitre, même dans les sociétés les plus anarchistes.
  • L’idée que tout le monde devrait être libre de tout faire est confondue avec l’idée que tout le monde est capable de tout faire. L’introduction de compétences ou la transmission des connaissances par des activistes et des organisateurs expérimentés sont moquées. Cela nous mène à rencontrer les mêmes problèmes et à réinventer la roue encore et encore.
  • Il existe un manque pratiquement complet de vision et d’orientation stratégique dans le mouvement anarchiste. En plus, les structures organisationnelles sont en crise. La spontanéité, le modèle du groupe affinitaire et une compréhension romantique de la multiplicité sont devenus hégémoniques. Toutes ces notions ont leurs problèmes. Les seules communautés qu’elles permettent sur le long terme consistent en une poignée d’amis - une base insuffisante pour l’organisation requise pour un vaste changement social. Dans le mouvement anarchiste, la principale réponse à ces problèmes, à savoir le plateformisme, sous-estime l’importance de la responsabilité individuelle, ce qui entraîne une confusion entre la formalité et l’efficacité (nous y reviendrons dans la dernière partie de ce texte).

Que faut-il faire?

La sous-culture anarchiste est répandue. Elle profite d’une infrastructure solide et d’un flux tendu de nouvelles recrues (malgré un turnover élevé). Il parvient aisément à se maintenir en vie, il procure un paradis identitaire pour des gens rejetant les cultures « mainstream », « bourgeoises » ou « straight », et il a tous les avantages des autres sous-cultures (voir plus haut). L’anarchisme produit également des idées influentes, des formes inspirantes d’intéractions sociales, et une culture vivante de la contestation. Tout cela en fait un terrain de jeu politique excitant et confirme la pertinence de l’anarchisme dans la vie quotidienne. Donc si le manque de perpective révolutionnaire ne nous dérange pas, il n’y a pas vraiment à s’inquiéter. La sous-culture n’est pas mise en danger par les problèmes listés ci-dessus. Mais si nous trouvons qu’abandonner une perspective révolutionnaire est un trop grand sacrifice (et si nous ne voulons pas pas perdre des camarades anarchistes ayant un engagement révolutionnaire au profit des marxistes orthodoxes), nous devons rendre le développement d’une telle perpective possible. Voici quelques suggestions:

  1. Les anarchistes doivent être clairs sur ce qu’ils veulent et être honnêtes sur ce qu’ils peuvent faire.
  2. La volonté de changer la société doit être plus importante que de promouvoir votre indentité de moralisateur radical.
  3. Les anarchistes doivent parler aux personnes ne faisant pas partie des milieux anarchistes de manière compréhensible. Le langage est toujours un flux, et les expressions problématiques doivent être défiées, mais les discussions anarchistes doivent être engageantes, pas aliénantes.
  4. Nous avons besoin de visions. Contrairement à ce qui est devenu un mantra pour bien des anarchistes, les visions ne sont pas des plans cherchant à dicter aux personnes leurs comportements. Les visions anarchistes exposent simplement des idées concrètes sur ce que les anarchistes veulent. Sans formuler de telles idées, personne au-delà des cercles anarchistes n’aura quoi que ce soit à foutre de ce que les anarchistes ont à dire. Constamment préfigurer n’est pas assez. À un moment, il faut agir43.
  5. La stratégie a été mal interprétée comme étant un plan rigide d’activisme. Développer une stratégie signifie simplement avoir une idée de comment obtenir ce que vous voulez obtenir. Si vous abandonnez la stratégie, vous abandonnez le travail révolutionnaire.
  6. Il n’y a pas de contradiction entre construire des structures autonomes et intervenir dans l’ordre dominant. C’est un faux conflit qui n’est pas nécessaire et dommageable. Même chose pour le supposé conflit entre la praxis personnelle (le « style de vie ») et l’organisation collective: l’un renforce l’autre.
  7. Nous avons besoin d’une transformation des valeurs. Tant que nous voudrons pour nous l’ensemble de la production, nous ne pourrons pas réduire le système économique et politique à un niveau soutenable à la fois écologiquement et socialement.
  8. Une critique de la technologie doit faire partie intégrante de tout mouvement révolutionnaire. La technologie rend les gens dépendants de systèmes sur lesquels ils n’ont aucun contrôle et requiert une organisation sociale complexe impossible à maintenir à un niveau local44. Nous devons rejeter l’energie nucléaire et d’autres supposées bénédictions technologiques qui prennent la Terre et l’Humanité en otage, questionner la notion de progrès définie comme un moyen indispensable pour rendre le monde meilleur, examiner de façon critique le rationnalisme et la science, et nous focaliser sur des petites communautés.
  9. Si vous demandez à des anarchistes pourquoi ils se concentrent plus sur certaines luttes que sur d’autres, la répondre la plus ordinaire est que « toutes les luttes sont importantes ». Mais ce n’est pas répondre à la question! Le problème n’est pas de déterminer si toutes les luttes sont importantes (bien sûr qu’elles le sont), mais pourquoi nous nous concentrons sur certaines plutôt que d’autres. Oui, des facteurs subjectifs sont en cause: vous vous concentrez sur les luttes qui vous concernent le plus ou celles où vous vous sentez le/la plus compétent/e. Mais, si nous voulons être révolutionnaires, nous devons identifier les luttes qui ont le plus de potentiel révolutionnaire. L’urgence morale n’est pas forcément en corrélation avec le potentiel révolutionnaire. La plupart des luttes no sont pas révolutionnaires en elles-mêmes, elles doivent être rendues révolutionnaires à travers des connexions concrètes avec des militants révolutionnaires45.
  10. L’acceptation de la diversité a toujours été une des plus grandes forces de l’anarchisme, mais elle ne doit pas devenir une excuse pour négliger l’analyse. N’importe quel non-sens peut être justifié avec le « besoin de diversité », comme s’il s’agissait d’un chèque en blanc pour faire ce que vous voulez. Par exemple, toutes les tactiques ne sont pas également utiles à un moment donné; elles doivent être choisies en accord avec nos possibilités et la situation spécifique en cours. Que voulons-nous? Qui est impliqué? Qu’est-ce qui peut être vraiment être fait? Quels sont nos moyens? La diversité est une bonne chose quand elle défend l’ouverture, la flexibilité et tout un choix d’option. Mais si elle est célébrée en elle-même, comme une vertu, la politique radicale devient du shopping néolibéral: vous prenez ce qui plaît à votre fantaisie.
  11. La discussion ouverte est essentielle pour à la fois un environnement intellectuel fécond et un processus de libération. Quand des personnes disent des choses que certains considèrent comme problématique, elles ont besoin d’être impliquées dans la discussion plutôt que d’être réprimandées, punies, réduites au silence.
  12. Les étiquettes sont une imbécilité46 pour bien des anarchistes. « La façon dont tu te nommes n’est pas importante, c’est ce que tu fais qui est important ». Cependant, une étiquette est un mot, et les mots sont des outils pour communiquer, et en communications, nous sommes dépendants des abréviations. Mettre une étiquette sur notre doctrine politique47 permet aux autres - amis ou ennemis - d’avoir une idée de ce que nous défendons. C’est ainsi que nous construisons une communauté et la solidarité. Il n’y aurait jamais eu de « péril rouge48 » s’il n’y avait pas eu de mot pour cela. Pour un mouvement social composé de personnes partageant les mêmes idées, avoir un nom en commun est important.
  13. Nous avons besoin de construire des organisations qui sont anarchistes par nature - et qui le sont ouvertement - mais capables de jouer un rôle crucial dans de plus grands mouvements sociaux et organisations populaires (syndicat de travailleurs, de locataires, associations de consommateurs, associations sportives). Les organisations anarchistes doivent fournir un réseau pour la discussion, l’action en commun et l’aide mutuelle. Bien que cela nécessite un certain degré de structuration, la structuration ne doit pas être confondue avec l’efficacité. L’efficacité se repose toujours sur les qualités individuelles des membres de l’organisation, à savoir la responsabilité, la fiabilité et la transparence. C’est pour cela que le plateformisme n’est pas une réponse à la crise organisationnelle de l’anarchisme. Nous avons besoin de quelque chose de plus adaptable.
  14. L’importance des qualités individuelles doit être prise au sérieux. Si nous rejetons les mécanismes du-haut-vers-le-bas qui font que les choses sont faites, les gens doivent être prêts à faire les choses par eux-mêmes. Dans les faits, l’anarchisme en est encore loin. La plupart des anarchistes font seulement les choses quand ils « se sentent inspirés de le faire »; la majorité d’entre eux ont toutes sortes d’opinions sur ce que les autres devraient faire sans faire quoi que ce soit eux-mêmes. Beaucoup sont irresponsables, ne sont pas fiables et adorent dénoncer ceux qui critiquent leur conduite comme des « autoritaires ». Ils utilisent les meetings pour leur verbiage égocentrique plutôt que pour une prise de décisions raisonnables. Si ces tendances continuent à prévaloir, il n’y a aucun espoir pour l’anarchisme de devenir un jour un mouvement révolutionnaire.
  15. Une nouvelle Synthèse est nécessaire pour l’anarchisme. Des personnes avec différends chevaux-de-bataille - le lieu de travail, le patriarcat, le militarisme, etc - doivent travailler ensemble, s’unir autour d’un ensemble commun de principes et se mettre d’accord sur une stratégie commune où leurs différentes tactiques sont coordonnées de la façon la plus efficace. La prétention d’un groupe à représenter toutes les revendications anarchistes nuit à tout le monde (dont ce groupe)49.
  16. Les anarchistes doivent comprendre les limites de la politique anarchiste. En fonction des buts d’une lutte spécifique, une approche sociale-démocrate ou léniniste pourrait être plus appropriée. Défendre l’État-Providence est une lutte réformiste, et si les anarchistes jugent cela utile, ils peuvent être efficaces comme des troupes extra-parlementaires supplémentaires pour l’effort social-démocrate50. De même, les paysans indiens peuvent considérer une guerre populaire prolongée (et donc du léninisme dans sa variété maoiste) comme la réponse la plus prometteuse face à la repression d’État à laquelle ils font face; si les anarchistes veulent être solidaires de ces paysans, ils auront à faire des concessions idéologiques. Le sectarisme de la Gauche doit partir, et les anarchistes ont leur part à faire dans ce travail.
  17. Bien des anarchistes associent les cadres exclusivement avec la politique léniniste. C’est dommage. Un cadre est avant tout un organisateur à plein-temps, et il y a une différence entre un organisateur à plein-temps et un activiste du week-end. Les cadres ne méritent aucun privilège, mais leur expérience et leur dévouement doivent être reconnus - pas pour leur propre bien, mais le bien du mouvement. Les cadres doivent aussi préparer pour des situations révolutionnaires, un manque de préparation qui, historiquement, a été une des plus grandes faiblesses de l’anarchisme.
  18. Éviter obstinément les discussions sur le commandement fait du mal au mouvement anarchiste. Il y a toujours eu des dirigeants dans les groupes sociaux, qu’on les nomme ainsi ou non. C’est seulement en reconnaissant cet état de fait que l’on peut tenir à distance les aspects autoritaires et exploiteurs du commandement. Dans le cas contraire, ces aspects existeront de façon non-transparente et irresponsable, ce qui est caractéristique de bien des groupes anarchistes.
  19. Nous devons être conscients des origines de l’anarchisme. Il n’a pas le monopole de la pensée anti-autoritaire, qui, dans de nombreuses formes, peut être trouvée dans toutes les cultures au travers des âges. Néanmoins, l’anarchisme en tant que mouvement politique auto-proclamé est un produit des conditions socio-politiques de l’Europe du 19ème siècle. Cela a des conséquences culturelles qui caractérisent encore à ce jour le mouvement et l’empêchent de se répandre de la façon voulue par les anarchistes. La réponse au problème n’est pas de prétendre que tous les courants anti-autoritaires sont anarchistes (ce qui, dans le pire des cas, est une forme de cooptation coloniale; si des gens choisissent de ne pas utiliser le terme « anarchisme » pour leur politique, ils ont leurs raisons51). Pour les anarchistes, la réponse serait plutôt de prouver qu’ils peuvent être des collaborateurs de valeur dans une lutte mondiale pour la libération.
  20. La « politique d’allié52 » peut servir comme ligne de conduite pour les anarchistes impliqués dans des luttes sociales menées par d’autres, mais ce concept doit être bien compris. Faire aveuglément ce qu’on vous demande de faire est de l’abandon de soi et n’a rien à voir avec la radicalité. De plus, aucun individu, aucun groupe n’est vraiment à même de représenter une communauté entière; nous ne pouvons donc pas abandonner la responsabilité de nos décisions en les référant à l’autorité de quelqu’un d’autre. Nous devons être responsables des décisions que nous prenons. Il peut être nécessaire d’accepter l’autorité des autres dans la lutte, mais nous devons rester critique dans notre engagement avec eux pour avancer dans la lutte.
  21. Nous avons besoin de sérieuses discussion sur les possibilités et les impossibilités de la lutte armée; pas comme une romantisation infantile de l’émeute ou du crime, mais comme un examen de comment le pouvoir est distribué et maintenu, comment ce pouvoir peut être activement défié, ce qui, dans la plupart des conflits sociaux aggravés, sera nécessaire. De plus, si nous sommes sérieusement révolutionnaires, nous ne pouvons pas faire de l’armée et de la police des ennemis perpétuels53. Presque toutes les révolutions ont reposé sur le ralliement de parties de l’armée et de la police aux forces populaires, et les options militaires des groupes de guerrilla se sont beaucoup affaiblies en des temps de guerre technologique. C’est une réalité avec laquelle nous devons composer, qu’elle soit désagréable ou non.
  22. Nous devons reconsidérer la compensation économique. La culture DIY est formidale pour préserver l’indépendance, encourager la créativité et l’ingéniosité. Cependant, une fois que la barrière de l’auto-exploration est franchie, seuls des gars de la classe moyenne (majoritairement des hommes blancs) restent54.
  23. Vouloir la révolution pour la révolution est insensé. La seule chose qui justifie une révolution est qu’elle rend la vie des gens meilleure. Cela devrait se voir dans tout ce que font les révolutionnaires.

Notes


  1. « anarchism has experienced a strong upswing »

  2. « neoliberalism rules supreme »

  3. « the gaps between the rich and the poor grow wider by the day»

  4. « surveillance has surpassed Orwellian levels »

  5. « Even if anarchists like to claim anarchist elements in uprisings »

  6. « it is questionable whether self-declared anarchists really have played any significant role in these events »

  7. « when it comes to the grand scale of things »

  8. « The contents of this text are presented in a concise and straightforward manner, which makes generalizations inevitable. They are based on experiences in Western and Northern Europe; readers will have to decide how much these experiences match their own and how relevant they are for the scenes they themselves are active in. »

  9. « This is a cop-out. »

  10. « It is self-evident that definitions are but tools for communication and can’t lay claim on capturing the essence of a given phenomenon. »

  11. « Anarchism is, first, the attempt to establish an egalitarian society that allows for the freest development of its individual members possible. »

  12. « So far, this definition doesn’t stray far from the Marxist idea of communism. »

  13. La traduction n’est pas idéale. « Today, this is often called “prefigurative” politics. »

  14. « mutual-aid ». Le livre de Kropotkine, L’Entraide a été traduit en Mutual aid.

  15. En anglais, IWA: « International Workingmen’s Association ».

  16. (Note de l’auteur) « Nous voulions éviter les notes de bas de page dans ce texte, mais avons considéré qu’une explication des termes "sociale-démocratie", "léninisme" et "marxisme" était difficile à éviter. Si les anarchistes se sont assez vite séparés des marxistes dans les mouvements de gauche (l’expulsion de Bakounine et de James Guillaume de la Premiere Internationale au congrés de 1872 à La Hague est considérée comme l’événement symbolique de cette séparation), la séparation entre les sociaux-démocrates, réformistes, et les léninistes, révolutionnaires, eut seulement lieu durant la Révolution Russe de 1917. À ce moment, les deux courants étaient tous les deux considérés comme marxistes et attachés à la création d’une société socialiste. Dans le mouvement social-démocrate, cet objectif a progressivement disparu dans les brouillards parlementaires, et dans les années 1930, avait totalement disparu dans les partis du mouvement. Aujourd’hui, les partis sociaux-démocrates ont écarté cette partie de leur histoire et poursuivent une politique néo-libérale avec une très légère touche de keynesianisme. Quand nous parlons dans notre texte de "sociale-démocratie", nous ne nous référons pas à ces partis mais à la tradition sérieuse du marxisme parlementaire. Quelques partis de gauche perpétuent encore cette tradition. »

  17. « Without proper organizing, anarchism is easily reduced to a noble idea, reflecting religion or hipsterism more than political ambition. »

  18. Pour l’anarchisme, le texte emploie « ultra left ». Mais l’emploi en français d’« ultra-gauche » est un anglicisme récent.

  19. « anarchism is reckless, that is, it has no understanding of how to bring about political change and therefore encourages heedless action that, in the worst case, allows reactionary forces to prevail »

  20. « regarding the psychology of power »

  21. Je suppose que l’auteur fait ici référence à la propagande par le fait.

  22. Et il y a encore, me semble-t-il.

  23. La phrase n’est pas très claire. « While lip service has been paid to this relationship being dynamic and dialectical, it has seldom led Marxists to pay the same attention to cultural struggles as anarchists have. »

  24. « strains »

  25. Le sexisme de Proudhon et le ralliement de Kropotkine aux alliés lors de la Première guerre Mondiale sont souvent agités contre les anarchistes, quand bien même le sexisme de Proudhon a été rapidement critiqué (notamment par Déjacque ), que la position de Kropotkine était minoritaire.

  26. Les figures classiques de l’anarchisme: Proudhon, Bakounine, Kropotkine, etc. Kropotkine est particulièrement coutumier du fait.

  27. Gros doute sur le sens de la phrase: « Elitist concepts of scientists as a quasi-leading class were criticized early on, while utopian perspectives have been held in high regard rather than being dismissed as distractive pipe dreams. »

  28. « emphasize the need of changing the human soul in order to change the world »

  29. Surtout connu pour avoir théorisé le « municipalisme libertaire ».

  30. Philosophe, particulièrement en épistémologie des sciences.

  31. « the so-called anarcho-primitivists »

  32. « the trust in technology has been challenged in ways that Marxist theory has not been able to rival. »

  33. « The anarchist is the permanent critic »

  34. Pas satisfait de ma traduction. « While this has problematic connotations – from being a nuisance to, at times, hindering collective organizing – it is also essential for preventing power relations from becoming stale and dogmatic. »

  35. « In terms of creativity and innovation, anarchism easily outwits the Marxist Left. »

  36. Le texte emploie le terme « liberal », qui n’a pas le même sens dans les pays anglo-saxons. Alors qu’en France, le terme libéral désigne un partisan acharné du capitalisme, dans les pays anglo-saxons, il désigne plutôt des sociaux-démocrates, vaguement progressistes sur les questions « sociétales ». Dans le sens anglo-saxon du terme, le PS français et les Démocrates américains sont des partis libéraux.

  37. « Have these gentlemen ever seen a revolution? A revolution is certainly the most authoritarian thing there is; it is an act whereby one part of the population imposes its will upon the other part by means of rifles, bayonets and cannon, all of which are highly authoritarian means. »

  38. « gentlemen » (emploi ironique)

  39. « A “dropping-out” approach »

  40. Un essai de traduction culturelle: « While insurrections can be important elements of a revolution, conflating them with the revolution itself is like confusing a face-off with the game of hockey. »

  41. « The combination of judging outsiders while competing with insiders for the moral top-dog position is incompatible with any movement claiming revolutionary integrity. »

  42. Je ne pouvais pas traduire « self-criticism » par « auto-critique », qui a en français des relents staliniens. J’ai donc tenté une périphrase.

  43. « To constantly prefigure is not enough. At some point, it is time to figure. »

  44. « on a grassroots level »

  45. « Most struggles are not revolutionary in themselves, they need to
    be made revolutionary through concrete connections to revolutionary politics. »

  46. « Labels are a no-go for many anarchists. »

  47. « doctrine » est employé au sens neutre du terme pour « the contents of our politics »

  48. « a “communist threat” »

  49. Quelques difficultés à tradure « Exclusive claims to anarchist representation do everyone harm, the respective group included. »

  50. « as extra-parliamentary support troops to social democratic efforts. »

  51. « which, in the worst case, is a form of colonial co-optation; if people choose not to use the name “anarchism” for their politics, they have a reason) »

  52. « ally politics »

  53. Je suis en complet désaccord avec cet argument: Kuhn semble supposer que les anarchistes font de l’armée et de la police leurs ennemis, mais que le cas inverse n’est pas vrai; les individus composant la police et l’armée ne sont pas en soi des ennemis, mais les structures dans lesquels ils sont intégrés font que leur individualité n’a pas à rentrer en compte, du côté de l’oppression comme du côté de l’anarchisme.

  54. « We need to reconsider economic compensation […] Once the boundary to self-exploitation has been crossed, it is almost exclusively middle-class folks (predominantly male, predominantly white) who remain. »